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Jeunes docteurs : le difficile retour en Afrique

Paul Woafo, créateur de Sci-Tech-Services et militant pour le retour en Afrique des diplômés expatriés ©Anthony Audureau

L’Afrique est confrontée à une importante fuite des cerveaux. Les deuxièmes Rencontres des Jeunes Chercheurs Africains en France, ont permis de débattre des conditions à mettre en place pour favoriser le retour des jeunes docteurs sur le continent.

 

« C’est vrai que ce serait bien de rentrer au pays, mais ce n’est pas si simple. En France on a tout le matériel que l’on veut, c’est très professionnel. Pas sûr que l’on retrouve la même chose », lâche Jean-Baptiste Anoman, ivoirien et doctorant à l’université de Limoges. Une nuit de sommeil s'est écoulée depuis la première table ronde des Rencontres des Jeunes Chercheurs Africains en France, consacrée à l'enseignement supérieur et aux organismes de recherche en Afrique subsaharienne, mais le sujet fait encore débat au petit déjeuner de l’Institut Henri Poincaré. Dans un groupe d’étudiants expatriés venu de Côte d’Ivoire et du Sénégal, l’idée de rentrer en Afrique, après leur thèse en France séduit, mais n’est pas forcément le chemin choisi.

Aujourd’hui, environ 10% des étudiants africains sont expatriés, c’est plus que dans toute autre région du monde. Selon les derniers chiffres de l’Unesco, datant de 2008, plus de 30 000 Africains titulaires d’un diplôme de troisième cycle universitaire vivraient hors du continent et 25 000 boursiers expatriés en Union européenne ne sont pas retournés travailler dans leur pays. La fuite des cerveaux africains n'est pas anecdotique.

Cibler les causes

Les causes de ces réticences au retour sont multiples. La première d’entre elles : l’isolement. Une fois dans leur pays d’origine, les chercheurs expatriés ont beaucoup de mal à monter des équipes pour poursuivre leurs recherches car il y a trop peu de scientifiques qui s’intéressent au même domaine. Le rapport de l’Unesco sur la science publié en 2010 estimait ainsi le nombre de scientifiques africains à 79 pour un millions d’habitants, alors que ce chiffre monte à 4 500 aux États-Unis. Ce manque d’effectifs repousse bon nombre des jeunes diplômés à rentrer. Et entretien le cercle vicieux.

Mais ce n’est pas tout. Le retard technologique et scientifique de la majorité des pays africains n’est pas encore en voie de résorption, faute de moyens. Ainsi, le Mali, avec 0,7 % de son Produit intérieur brut dépensé en recherche et développement est numéro 1 de ce point vue en Afrique francophone. Très loin des 4% de la Corée du Sud, leader mondial en la matière.

Ce manque de moyens a pour conséquence des universités où les laboratoires ne fonctionnent plus, car le personnel technique n’est pas assez nombreux. Le manque de professeurs qualifiés pour assurer les cours provoque une surcharge des universités. Pour l'illustrer de façon frappante, le sénégalais Joseph Ben Geloun, maître de conférences à l'université Paris-Nord, a projeté, lors d'une table-ronde consacrée au système d'enseignement supérieur en Afrique, des photographies d'étudiants assis par terre, dans les escaliers des amphithéâtres, prises à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Mais aussi, et presque surtout, les salaires des enseignants-chercheurs africains, inférieurs à 1 000 euros par mois, sont très au-dessous de ce que l’on peut trouver à l’étranger. Dans la majorité des pays, il est difficile de faire vivre sa famille. Comment, dans ces conditions, rivaliser avec l’Union Européenne, les États-Unis, ou encore avec le Moyen-Orient, qui paye bien plus grassement ses scientifiques?

Inverser la tendance

Plusieurs initiatives, à petites échelles, voient toutefois le jour pour contrer la fuite des cerveaux. Pour aider les universités à régler le problème du coût des travaux pratiques, Paul Woafo, professeur à l'université de Yaoundé 1, au Cameroun, a créé Sci-Tech-Services. Cette structure privée apporte le matériel de travaux pratiques et donne elle-même les cours, ce qui permet aux universités de ne plus s’occuper de l’entretien des salles.

Ailleurs, des réseaux de chercheurs se constituent pour lutter contre l’isolement. Ainsi, Tony Ezome, maître de conférences en mathématiques à l'université des sciences et techniques de Masuku, au Gabon, est rentré dans son pays d’origine quelques semaines seulement après avoir soutenu sa thèse à Toulouse, en France. Mais pas sans avoir avec quatre confrères à travers le continent, créé le Pôle de Recherche en Mathématiques et leurs Applications à la Sécurité de l’Information (PRMASI).

Aujourd’hui plus d’une trentaine, les chercheurs de ce réseau travaillent en coopération avec des équipes en France et en Afrique pour faire avancer leurs travaux. Le PRMASI accueille aussi des étudiants doctorants en France. « Le but était que tout le monde ne reparte pas de zéro comme moi. C’est trop difficile », explique T. Ezome. Désormais, tous les membres travaillent ensemble, et se réunissent une fois chaque année autour d’une série de conférence sur le territoire africain.

Le gouvernement, pilier central de la politique de retour

Mais les initiatives individuelles comme celles de Tony Ezome ou d’autres ne suffisent pas. Bien sûr, l’Afrique a besoin de ses cerveaux pour continuer à progresser scientifiquement. Mais la majorité des intervenants l’ont répété, il ne sert à rien de faire rentrer tous les scientifiques, si les États n’augmentent pas les moyens mis à disposition. « Il faut que les gouvernements comprennent qu’il faut faire un effort financier si l’on veut motiver les jeunes à rentrer », insiste Paul Woafo. Car malgré tout, comme l'a martelé Modeste N’Zi, de l’Université de Cocody à Abidjan, en Côte d'Ivoire « rentrer doit être un choix, une volonté personnelle, mais pas une obligation ».

 

Anthony Audureau 

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