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Simon Connell : « Nous construirons l’un des meilleurs synchrotrons du monde en Afrique »

À gauche, Simon Connell. À droite, le centre ESRF de Grenoble, que le physicien prend en exemple pour imaginer le synchrotron africain de demain. ©Wikipedia

On ne compte plus les apports à la science du rayonnement produit par des synchrotrons. Ces sources de rayons X permettent d'explorer la matière pour la biologie, la physique, la géologie ou la paléontologie. L’Afrique est le seul continent qui n’en possède pas encore. Simon Connell, de l’université de Johannesbourg, en Afrique du Sud, essaye de convaincre les gouvernements des enjeux d’en construire un de niveau mondial.

Afriscitech : Pourquoi est-il important de construire un synchrotron en Afrique ?

Simon Connell : Un synchrotron est une source de rayons X très intense, dont les caractéristiques sont bien définies. Dans certaines conditions, on peut même produire un rayonnement laser. Ces machines sont très utiles pour réaliser toutes sortes d'analyses dans de nombreux domaines scientifiques, de la biologie à la physique des matériaux, en passant par la paléontologie.

Quand espérez-vous que ce synchrotron entre en service ?

Cela prendra probablement une dizaine d'années. Il faudra d'abord accorder les points de vue des scientifiques et des gouvernements. On peut en effet procéder de plusieurs façons. Ainsi, à Taiwan, la construction d'un synchrotron a engendré une très forte augmentation du nombre de chercheurs susceptibles de l'utiliser. Dans d’autres cas, c'est d'abord la communauté scientifique qui s'est constituée, et qui a dirigé la construction.

Quelle sera votre stratégie ?

Nous voulons avancer dans les deux directions. D'une part convaincre les gouvernements de l'importance de se doter d'un tel outil. Et d'autre part constituer une communauté scientifique africaine d'utilisateurs de synchrotrons. Nous devons former des scientifiques africains, et créer des réseaux pour qu'ils commencent à collaborer entre eux, et non plus seulement avec les Européens, les Américains ou les Asiatiques. La mobilité est un point clé : dans certains cas, nous organiserons des écoles en Afrique, avec des spécialistes du monde entier ; dans d'autres cas, ce seront les chercheurs Africains qui iront travailler avec des synchrotrons sur d'autres continents.

Pour le moment, les Africains qui ont besoin d’un synchrotron vont ailleurs dans le monde?

Oui, et d'ailleurs, nombre d'entre ceux qui ont fait leur doctorat et leur postdoctorat à l’étranger ne veulent pas rentrer en Afrique car ils se retrouveraient dans un désert en terme d’équipement. Nous réfléchissons à différentes façons de changer cela. D'abord, nous pouvons envoyer nos étudiants hors d'Afrique pour des séjours plus courts, et utiliser des interfaces Web pour poursuivre les analyses. Ensuite, nous constatons l'importance de construire des infrastructures complémentaires, moins coûteuses, d’assistance locales. Par exemple, avec des équipements de cristallographie ou de préparation d’échantillons, les chercheurs africains pourraient réaliser une bonne partie du travail dans leurs laboratoires, et aller seulement ensuite terminer les analyses auprès de synchrotrons ailleurs.

Créer une plateforme africaine avec de tels équipements préfigurerait la construction d'un synchrotron?

Oui, mais il est aussi important que ces équipements soient répartis dans plusieurs endroits, pour que le maximum de chercheurs à travers l'Afrique puissent se former à leur utilisation. C'est aussi de cette façon que l'on fera grandir une communauté d'utilisateurs.

D’ailleurs, où ce synchrotron sera-t-il construit ?

Plusieurs pays se positionnent déjà, mais nous essayons d’éviter cette discussion pour le moment, pour ne pas disperser les énergies. Nous devons d'abord établir une liste de critères, et lorsque la construction aura été décidée, nous verrons quel pays les satisfera au mieux.

Combien tout cela coûtera-t-il ?

Cela dépendra de ce que nous allons construire. Certains vont par exemple vouloir une copie du Max IV, synchrotron installé en Suède, parce que ce genre de machine fonctionne très bien. Mais d’autres préfèrent attendre que les designers de synchrotron aient de nouvelles idées et cherchent un endroit pour construire une machine complètement nouvelle. Un endroit qui, justement, pourrait être en Afrique. Pour ma part, je préfèrerais que nous dépensions un peu plus d'argent mais que nous construisons un instrument très avancé au moment où il entrera en service. Si en plus nous réussissons à le mettre à jour régulièrement, comme cela se produit par exemple pour le synchrotron européen ESRF installé à Grenoble, en France, alors nous serons réellement compétitifs au niveau mondial.

Donc vous ne voulez pas juste construire un synchrotron pour les scientifiques africains ?

Non, car j’ai peur que si nous construisons un instrument trop classique, nos meilleurs scientifiques aillent utiliser des machines à la pointe ailleurs. Le plan est donc de construire une des meilleures machines au monde, pour faire venir les meilleurs scientifiques, quelle que soit leur localisation.

Propos recueillis par Luc Allemand et Anthony Audureau

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