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Tony Ezome, l’Afrique à tout prix

Tony Ezome lors de l'ouverture des Rencontres de l'APSA

 

Mathématicien, maître de conférences, directeur de réseau, co-directeur d’un laboratoire international : Tony Ezome est un homme occupé. Ce Gabonais qui a décidé de rentrer au pays après son doctorat obtenu en France consacre une bonne partie de son énergie à renforcer les relations entre mathématiciens en Afrique francophone.

450 000. C’est le nombre d’Africains titulaires d’un diplôme du supérieur qui se sont expatriés hors du continent entre 2005 et 2010, selon un récent rapport de l’OCDE. Cette fuite des cerveaux a des conséquences, notamment un déficit de capacité pour les pays d'origine.

Toutefois, certains décident de s'y opposer. C’est le cas de Tony Ezome. Ce mathématicien de 36 ans, docteur de l'université Paul Sabatier de Toulouse en 2012, n’a même pas envisagé de rester en France après l’obtention de son diplôme. Quelques jours après la validation de son doctorat, il retournait au Gabon. Aujourd’hui il se bat pour encourager les jeunes expatriés à faire de même.

Originaire de Libreville, où est installée toute sa famille, Tony Ezome est d'abord parti à 700 kilomètres de là, à l’Université des Sciences et Techniques de Masuku, à Franceville, pour poursuivre ses études de mathématiques après le baccalauréat. Après qu'il y a validé un master de mathématiques, l’absence de formation doctorale l’a poussé à demander une bourse pour partir à l’étranger.

Courbes elliptiques

C'est ainsi qu'en 2006, il prend un avion en direction de l’université Paul Sabatier. Sa thèse de géométrie algébrique porte sur les « courbes elliptiques » et leur utilisation pour la cryptographie. Un domaine qui l'avait séduit lorsqu'il l'avait effleuré au cours de son master.

Quatre ans et demi plus tard, le voilà de retour à Franceville, où il prend un poste de professeur assistant à l'université. « La politique c’était de nous envoyer à l’étranger pour que nous revenions. Je suis très lié au Gabon, j’y ai toute ma famille. Je suis venu en France pour être formé, j’ai eu mon diplôme c’était logique de rentrer », explique-t-il. Une manière de « rembourser sa dette » au Gabon.

Une décision réfléchie

Car si Tony Ezome est rentré au pays, ce n’est pas par défaut. Jean-Marc Couveignes, son directeur de thèse à Toulouse, le confirme : « S'il l'avait voulu, il aurait pu avoir un poste en France. Il était très sérieux, c’est l’un des étudiants les plus agréables que j’ai eu à encadrer parce qu’il avait une vraie fibre scientifique. Il a mis la science au centre de son projet de vie. »

Face à la volonté de Tony Ezome de rentrer, son directeur de thèse l’a averti. « On a vu que je serais isolé », se souvient le mathématicien. « Je l’ai encouragé. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas un vivier gigantesque d’étudiants et de professeurs en mathématiques au Gabon», précise Jean-Marc Couveignes.

La création d'un réseau

Pour remédier à cette situation, ils s’accordent pour contacter des mathématiciens du continent africain, dans les pays voisins du Gabon, afin de mettre en place des collaborations. Quelques mois avant son retour, Tony contacte ainsi une petite dizaine de chercheurs en poste au Sénégal, au Cameroun et à Madagascar.

Après des échanges de mails pendant quelques mois, en 2012, le Gabonais et deux de ses collègues africains se retrouvent à Marseille à l’occasion d’une conférence. Ils décident alors d’officialiser la création du Pôle de Recherche en Mathématique et ses Applications à la Sécurité de l’Information (PRMAIS) : ce réseau de recherche pan-africain a pour premier objectif de remédier à leur isolement.

Rapidement, un autre objectif s'ajoute au premier. Le PRMAIS met en effet aussi en relation des doctorants avec des équipes de chercheurs en France et en Afrique, pour les aider dans leurs travaux, et planifier un retour sur le continent. Cette orientation a d'ailleurs motivé la fondation Simons (ONG américaine spécialisée dans le financement de la science et en particulier des mathématiques) à subventionner le réseau.

Cinq ans après sa création, le PRMAIS a « produit » quatre docteurs, dont deux sont en poste au Cameroun, à l’université de Bamenda et à l’université de Maroua, un chez Orange Sénégal, à Dakar. Un seul est resté en France et a quitté le réseau.

Tony Ezome en est aujourd’hui le directeur et le principal animateur. Une manière de faire profiter d’autres doctorants de son expérience : « Je me suis débrouillé tout seul. Si tout le monde fait comme moi, c’est difficile. Ce réseau peut aider les thésards à ne pas passer par les mêmes difficultés que moi », confie-t-il.

L’Afrique, un choix résolu

Des difficultés, il en a effectivement rencontré. Ainsi, avant d’être en poste à Franceville, le mathématicien à dû se battre. « On lui avait promis un poste à son retour, explique Jean-Marc Couveignes, mais il a quand même fallu pour lui aller sur place pendant deux mois pour négocier, alors qu’il préparait sa thèse ».

Personnellement, le choix n’a pas été facile non plus. Tony Ezome a laissé sa femme, rencontrée à Toulouse, ainsi que ses deux filles en France. Alors qu’il obtenait son doctorat, sa compagne souhaitait reprendre ses études en France. Mais sa volonté du retour était trop forte. Les enfants sont venu rendre visite à leur père au Gabon, où il a fondé une nouvelle famille, pour la première fois il y a quelques mois.

Et dans sa pratique quotidienne, comme beaucoup de ses collègues africains (mais pas seulement), il est confronté au manque de fonds. Aujourd’hui, il n’arrive pas à financer de nouveau master en mathématiques en cryptographie au Gabon. Quant au réseau, « il faut l’entretenir, raconte-t-il, cela demande par exemple de payer des billets d’avion ». Pour y parvenir, il a donc recourt à des bourses et des aides. C’est dans ces conditions qu’intervient la fondation Simons. Mais malgré cela, il tient à relativiser : «nous, mathématiciens, sommes relativement avantagés. Le gros du travail se fait seul ».

Tony Ezome, un modèle ?

Cette volonté de retour ainsi que son envie d’aider en fait un modèle pour Jean-Marc Couveignes : « Tony est un modèle à plusieurs niveaux. Surtout parce qu’il a réussi à conserver un niveau scientifique élevé malgré la charge de travail institutionnelle ». Il a notamment publié trois articles scientifiques depuis la fin de sa thèse, dont un cosigné par son ancien directeur.

Pourtant, entre ses enseignements universitaires et l'organisation du PRMAIS, le temps pour faire de la recherche se fait rare. D'autant qu'à ces responsabilités s’ajoute un poste de co-directeur d’un projet centré sur la cryptographie en Afrique au sein de Lirima (Laboratoire International de Recherche en Informatique et Mathématiques Appliquées). Ce laboratoire, créé par sept institutions du Maghreb et d’Afrique Subsaharienne ainsi que par Inria, en France, a pour objectif de renforcer les coopérations scientifiques entre les pays.

Pour se préserver des périodes de travail fondamental, Tony Ezome candidate régulièrement à des bourses finançant des séjours dans des laboratoires européens. En 2015, il était ainsi pendant six mois au Centre International de Physique Théorique, à Trieste en Italie.

Fin 2016, il a été invité par l’Association pour la Promotion Scientifique de l'Afrique pour ouvrir à Paris les Rencontres des Jeunes Chercheurs Africains en France. Aline Bonami, l’une des organisatrices, explique ce choix : « Tony est le symbole de quelqu’un qui est encore très jeune, et qui a réussi à s’intégrer. J’ai trouvé impressionnant qu’il arrive toujours à travailler avec ses collaborateurs sur un plan d’égalité. Comme s’il était en France. »

Partager son expérience

Mais Tony Ezome tient avant tout à jouer son rôle de modèle sur le terrain et à utiliser son statut pour partager son expérience avec les plus jeunes. Il continue d’échanger directement avec les doctorants africains qui sont en France et qui appartiennent à son réseau. L’un d’entre eux, Hervé Talé Kalachi, doctorant camerounais à l’Université de Rouen Normandie, est d’ailleurs dithyrambique : « Tony me rassure quand je pense au retour au Cameroun, c’est ça qui me motive. Il essaye de donner des conseils et des bonnes astuces en tant qu’ainé, pour nous aider ».

Un succès qui fait grandir le réseau et qui donne le sourire à Tony Ezome, « au départ nous n’étions même pas 10, nous sommes déjà plus d’une trentaine ». Autant de chercheurs qui, comme lui, se sont promis de rentrer et réussir au pays.

Anthony Audureau

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