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François Sylla : "Il faut développer la physique en Guinée"

François Sylla à Conakry en décembre 2017 ©ajsg-Universciences

La Guinée produit des chercheurs de haut niveau. Mais nombre d'entre eux sont à l'étranger. Rencontre avec François SYLLA, 35 ans, ingénieur, physicien et entrepreneur en France, à l’École Polytechnique, à l’occasion d’une conférence scientifique qu’il a contribué à organiser à Conakry du 13 au 16 novembre 2017.

François Sylla, vous êtes guinéen, mais vous vivez en France. Quel a été votre parcours?

Je suis né au Togo en 1982 et je suis arrivé en Guinée à l’âge de 6 ans. Jusqu’à l’âge de 18 ans j’ai vécu à Conakry : j’ai fait mes études primaires et secondaires au lycée Albert Camus de Kipé. En 2000 j’ai obtenu une bourse d’excellence, offerte dans le cadre de la coopération française. C’est grâce à cette bourse que je suis allé en classe préparatoire en France. Les classes préparatoires c’est un type d’études que la Guinée ne connaît pas encore (mais j’espère bien que cela viendra). C’est un dispositif assez propre à la France, qui fournit aux jeunes des formations très sélectives en physique, en mathématique et en chimie. Moi j’ai fais mes classes préparatoires à Lyon, c’est ce qui m’a permis de me confronter avec les meilleurs futurs ingénieurs français.

Et après?

A l’issue de ces années en classe préparatoire, j’ai passé des concours d’entrées dans des écoles d’ingénieurs. J’ai été admis à l’École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles (ESPCI) de Paris. C’est une école qui forme des ingénieurs et des chercheurs en physique et en chimie surtout. C’est ce qui m’intéressait essentiellement. J’ai étudié pendant trois ans dans cette école, puis je suis allé à l’Imperial College de Londres, au Royaume-Uni pour faire un master en optique et en photonique. Avec ce master, je suis rentré en France et j’ai trouvé un laboratoire à l’École Polytechnique à Palaiseau (près de Paris) pour faire un doctorat. Mon travail de doctorat a porté sur un domaine de la physique que l’on appelle « l’accélérateur laser plasma ». Je m’y suis consacré pendant quatre ans, au cours desquels j’ai amélioré cet accélérateur laser-plasma en inventant de nouveaux dispositifs. C’est en partie pour cela qu’après ma thèse, j’ai décidé, tout en continuant à faire de la recherche, de créer une entreprise : SourceLAB.

Comment cet accélérateur fonctionne-t-il?

Essentiellement, il y a deux composants : un jet de gaz très fin, et un laser. Le principe c’est que si l’on règle bien les conditions, lorsque l’on éclaire le jet de gaz avec le laser, cela accélère des particules élémentaires contenues dans les atomes du gaz, les électrons et les protons. Et le gros avantage c’est que ce type d’accélérateur est nettement plus petit que ceux qui sont habituellement utilisés pour accélérer ces particules. Il y a beaucoup d’applications potentielles : la physique fondamentale bien sûr, mais aussi le contrôle des matériaux sans les détruire (comme en radiographie par exemple), et même la destruction de tumeurs cancéreuses. Nous avons fait de nombreuses publications scientifiques à ce sujet. Ce travail a intéressé beaucoup d’autres collègues chercheurs, et cela m’a donné l’idée de créer une société pour commercialiser ce dispositif. Cette société aujourd’hui fonctionne très bien et élargi son champ d’action.

Que propose votre entreprise?

SourceLAB emploie aujourd’hui cinq physiciens, et nous continuons à développer des produits et à les commercialiser. Nous avons à peu près un million d’euros de chiffre d’affaires annuel. Je suis aujourd’hui président de cette société mais je passe beaucoup plus de 50 % de mon temps à améliorer le fonctionnement et les utilisations de ces accélérateurs laser-plasma.

Quand vous avez fini vos études universitaires, vous n’avez pas pensé à rentrer chez vous en Guinée?

Je me suis toujours posé la question de revenir en Guinée, mais il n’y a pas de laboratoire qui peut m’employer et utiliser mes compétences. Je pouvais revenir en Guinée faire autre chose, mais ma vocation était de continuer à faire de la recherche. Maintenant que je suis chef d’entreprise, je peux venir développer une filiale de mon entreprise pour commercialiser ces accélérateurs si le pays en a besoin, dans 5 ou 10 ans.

Venez-vous souvent en Guinée pour animer des conférences sur la science?

Nous venons juste de terminer la rencontre des Polytechniques : c’est une rencontre que j’ai imaginée pour donner un coup de projecteur sur les chercheurs en Guinée. Il y a eu des conférences de chercheurs français, en physique et en mathématiques, et des conférences de chercheurs guinéens de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. La venue d’une délégation de l’École Polytechnique française a aussi permis de discuter de la fondation dans notre pays de classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieur françaises. Cela peut permettre aux jeunes guinéens de se préparer pour accéder à de meilleures universités dans le monde. En 2012, déjà, j’étais venu faire une conférence scientifique sur l’accélérateur laser-plasma devant un panel d’enseignants chercheurs et d’étudiants.

Est-ce que cela peut suffire, pour former des chercheurs comme vous?

Je sais que c’est peu. Je pourrais faire peut-être une conférence par an, mais je suis focalisé aussi sur l’entrepreneuriat, qui me prend beaucoup de temps. J’ai vu qu’en Guinée les étudiants, les enseignants chercheurs, mais aussi les responsables du gouvernement sont très demandeurs de ce genre d’événement. A l’avenir nous allons essayer de les multiplier. En particulier, nous pourrions nous appuyer sur des sociétés savantes qui essaient de se développer en ce moment en Guinée.

Vous arrive-t-il d’être invité à des conférences dans d’autres pays africains?

Non, malheureusement! En physique, pratiquement c’est la même chose partout en Afrique.

Et ailleurs dans le monde?

Je passe pas mal de temps à écouter et à intervenir dans des conférences où je rencontre d’autres physiciens, en Europe, aux États-Unis, en Corée du Sud ou encore en Chine. Mais malheureusement, pas en Afrique. J’espère que cela changera dans les années à venir.

Êtes-vous en contact avec d’autres chercheurs guinéens ou africains qui œuvrent dans le même domaine que vous?

Très malheureusement non. Je ne connais pas de chercheur guinéen qui s’intéresse à la physique de l’accélérateur laser-plasma. Mais j’espère que c’est quelque chose que l’on pourra développer dans les années à venir.

Pensez-vous à former de jeunes étudiants guinéens dans votre domaine pour préparer l’élite à venir?

Oui. C’est justement dans ce cadre que nous sommes venus organiser cette conférence. Nous avons échangé davantage avec les autorités du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique afin de créer des classes préparatoires pour les grandes écoles françaises. En tout cas, on va tout faire pour créer une filière d’excellence pour avoir des chercheurs de haut niveau qui pourront poursuivre dans de grandes écoles notamment à l’École Polytechnique française. Il faut partir du tout début, former des jeunes : c’est un projet de longue haleine. Si tout va bien, la première classe préparatoire ouvrira en Guinée en septembre 2018.

Avez vous des conseils à adresser aux jeunes guinéens?

Il faut oser, il faut se lancer, se focaliser sur le désir d’être excellent. Si vous faites cela vous pouvez y arriver et exiger le meilleur. Vous aurez le meilleur niveau et vous pourrez accéder aux grandes nations de la science.

Propos recueillis par Alpha BARRY

Cet article a été préalablement publié sur Universciences, site de l'Association des journalistes scientifiques de Guinée.

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