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Les chimpanzés ivoiriens victimes de l’anthrax

Les chimpanzés du parc national de Taï en voie de disparition à cause d'une forme nouvelle d'Anthrax ©Flickr Afrika Force

Une bactérie présente naturellement dans la forêt de Côte d'Ivoire semble à l'origine de nombreux décès parmi les chimpanzés, et ce depuis plusieurs décennies. Au point que certains redoutent l'extinction à court terme de cette population.

La disparition des chimpanzés en Côte d’Ivoire accélérée par un micro-organisme : c’est la conclusion d’une étude germano-ivoirienne, qui met en cause une forme d’anthrax, bactérie qui s’attaque aux voies respiratoires. Près de la moitié des décès d’animaux dans le Parc National de Taï, au sud du pays, seraient causés par cette maladie.

Tout remonte à 2004. Devant le nombre de chimpanzés mourant de causes inexpliquées, une équipe dirigée par des scientifiques de l'institut Robert Koch de Berlin et du Laboratoire National d'Appui au Développement Agricole (LANADA) en Côte d’Ivoire, a autopsié plusieurs d’entre eux. Ils ont ainsi découvert Bacillus cereus biovar anthracis, bactérie proche de Bacillus anthracis, l’anthrax rendu célèbre au début des années 2000 par son utilisation dans le terrorisme bactériologique. Après cette découverte, la question était donc de savoir l’impact réel qu’avait cette forme d’anthrax.

Les chimpanzés, victimes numéro 1

En tout, 204 carcasses et 75 os de mammifères provenant des quatre coins du parc naturel ont été réunis. Une telle collection est rare, notamment en Afrique. Ces précieux restes ont été conservés grâce aux investissements de l’institut Max Planck de Leipzig, qui étudie le comportement des singes depuis de nombreuses années dans le parc.

L’équipe a ensuite cherché des traces d’anthrax sur ces ossements et dépouilles. 40 % d’entre eux en comportaient. Ainsi, l’étude conclut que le même pourcentage des décès pourraient être attribué à l’anthrax. « Une très grande surprise » d’après les chercheurs.

En outre, 31 des 55 carcasses de chimpanzés portaient la bactérie, ce qui en fait de loin l’espèce la plus touchée. Cette mortalité met en danger la population de chimpanzés du parc. Heureusement, elle ne semble pas s’aggraver avec le temps.

Risque d'extinction

Emmanuel Couacy-Hymann, du LANADA, en charge des recherches faites sur le terrain et dans le laboratoire ivoirien, avoue qu'il a « très peur pour les chimpanzés, qui pourraient disparaître si l’on ne fait rien ». Et ce alors que pèse déjà sur eux la menace des braconniers, plus encore que celle d’autres prédateurs.

Aucun traitement n’est encore au point pour endiguer cette épizootie. Pour le moment, les chercheurs tentent de vacciner les chimpanzés contre l’anthrax « classique », en leur injectant le traitement à l’aide de sarbacanes. Sans pour autant connaître l’efficacité de cette pratique.

L'énigme de la contamination

Il reste d’ailleurs beaucoup à découvrir sur ce phénomène. On ignore par exemple comment les chimpanzés sont contaminés. C’est surtout sur cela que s’est penchée l’équipe ivoirienne. Selon Emmanuel Couacy-Hymann, l'hypothèse la plus probable est une transmission par l’intermédiaire des mouches. « Nous avons trouvé des mouches porteuses d’anthrax dans la forêt, explique-t-il. Nous avons aussi trouvé de l’anthrax sur les fruits que peuvent manger les singes. L’hypothèse est que les mouches transportent les bactéries dans les arbres, les déposent sur les fruits, ce qui rendrait les singes malades ».

Il semble en effet peu probable que les chimpanzés aient été contaminé sur la terre ferme. « Les chimpanzés ne descendent que très rarement de la canopée dans cette région. Et les bactéries d’anthrax sont au sol », affirme le biologiste.

Une autre explication avancée par Emmanuel Couacy-Hymann évoque la contamination de petits singes d'espèces qui descendent plus fréquemment au sol. Les chimpanzés adultes tomberaient malades après les avoir chassés et dévorés. L’équipe ivoirienne continue de travailler pour résoudre l'énigme, et étudie aussi la dangerosité de cette forme d’anthrax pour l’homme.

Anthony Audureau

Référence : C. Hoffmann et al., Nature, 548, 82, 2017.

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