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Nene Kane : « Les femmes mauritaniennes deviennent entrepreneuses après un divorce ou un abandon »

Nene Kane au Forum Afrique Destination Emplois ©Anthony Audureau

L’entrepreneuriat comme dernier espoir pour survivre : une réalité qui concerne particulièrement les femmes en Mauritanie. C'est l'une des conclusions de l'étude menée par Nene Kane, de l’Université de Nouakchott.

Quel est le portrait type de l'entrepreneuse en Mauritanie ?

J'ai mené une étude sur un échantillon de 100 femmes, en observant quatre variables : les motivations qui mènent à l’entrepreneuriat ; la sociologie de leur environnement ; l’accès aux ressources ; et ce que l’on appelle des variables de situation. Ce sont des éléments extérieurs, positifs ou négatifs, qui entraînent les femmes dans l’entrepreneuriat. Cela m'a permis de constater que les femmes mauritaniennes entreprennent tard, après 45 ans. Ce sont pour la plupart des femmes qui ont été mariées, qui ont des enfants, puis qui ont été abandonnées ou qui se sont séparées de leur mari. Elles se retrouvent sans aucune ressource ni emploi, car elles n’ont pas le niveau éducatif suffisant pour se prendre en charge. L’entrepreneuriat se présente comme leur seul choix pour entretenir leurs enfants.

Les entrepreneuses ne sont donc en général pas très éduquées ?

Dans le cadre de l’étude, 60 % des femmes interrogées n’ont pas dépassé l'école primaire. Elles vont toutes à l’école coranique, car l’apprentissage du Coran est obligatoire en Mauritanie. Mais lorsqu’elles entrent à l’école par la suite, elles abandonnent en raison d’un mariage, d’un enfant par exemple.

L’entrepreneuriat n’est-il pas considéré comme un risque trop grand pour ces femmes ?

Non, car elles opèrent à petite échelle. Quand on parle de l’historique de l’entrepreneuriat, on oublie les femmes. En Mauritanie, les femmes ont toujours opéré dans le secteur marchand. Les observations actuelles montrent plusieurs types de femmes : des femmes puissantes, imposantes et influentes, qui voyagent à travers le monde et qui ont un capital élevé. Mais qui restent très tributaires des revenus du mari. Un autre type, ce sont les entrepreneuses qui tentent de joindre les deux bouts. Ce sont des femmes salariées qui essayent de compléter le revenu de leur salaire ou du mari. Les Bana-Bana, par exemple, qui sont dans le secteur informel, qui vendent des beignets ou des salades dans la rue à même le sol. Ce sont des femmes qui génèrent beaucoup d’emplois. Le secteur informel occupe une dimension très importante dans la mesure ou il crée beaucoup plus d’emplois que les autres secteurs.

Quels sont les principaux blocages pour ces femmes entrepreneuses ?

Des difficultés d’accès aux ressources premièrement. C’est un fait général, qui ne concerne pas que les femmes en Mauritanie. Dès qu'une femme réussit son entrepreneuriat, elle est bloquée par la perception que les hommes ont de ce succès. Plus elle réussit, plus sa crédibilité sociale diminue. On a du mal à comprendre qu’une femme puisse générer des revenus seule si elle ne pratique pas des activités occultes, comme la prostitution.

Y a-t-il cependant des facteurs positifs qui peuvent pousser une femme à entreprendre ?

Oui. Il y a notamment un besoin de liberté, un goût du risque. Également le souci d’équilibrer sa vie familiale et sa vie privée. C’est un besoin d’accomplissement. Cet ensemble de facteurs pousse aussi des femmes a entreprendre.

Propos recueillis par Anthony Audureau

N. Kane, Problématiques de l'entrepreneuriat féminin en Mauritanie, Éditions universitaires européennes, 2017.

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