Adnane Remmal : « Nos produits ne remplacent pas les antibiotiques, ils les améliorent »

Adnane Remmal, lauréat d'un prix d'Inventeur Européen de l'Année en 2017 ©AdnaneRemmal

« Ce chercheur marocain a trouvé une alternative naturelle aux antibiotiques » pouvait-on lire il y a un an dans plusieurs médias français et européens. La raison : Adnane Remmal venait de remporter l’un des prix de l’inventeur de l’année européen pour une formule d’antibiotique « boostés » aux huiles essentielles. Un an après, nous lui avons demandé de faire le point sur sa découverte.

Afriscitech : Vous avez remporté un prix du meilleur inventeur européen de l’année en 2017 pour votre antibiotique aux huiles essentielles. Sera-t-il bientôt disponible ?

Adnane Remmal : Le médicament devrait être sur le marché marocain dans quelques mois. Lorsque les brevets ont été reconnus, j’ai pu convaincre un laboratoire pharmaceutique marocain, l’un des plus grands du pays. Ils ont mis l’argent pour le développement galénique, les essais cliniques, etc. Nous sommes très contents car je suis convaincu que c’est un médicament qui va soulager les patients et les médecins.

Pourquoi est-ce aussi important un antibiotique avec une efficacité améliorée ?

Aujourd’hui, en médecine humaine, il y a beaucoup de bactéries multirésistantes. Ce sont des bactéries qui se sont « habituées » aux antibiotiques. Elles arrivent à les détecter et à les détruire avant qu’ils puissent agir. L’un des risques avec les bactéries multirésistantes, c’est la dissémination dans la société. Et le risque est bien plus présent dans les pays en voie de développement que dans les pays les plus riches. Dans ces derniers, l’on sait identifier et contenir ces bactéries. Soit l’on soigne le patient soit-on le perd, mais on ne perd que lui. Alors que dans les pays en voie de développement, les médecins n’ont pas les outils pour les détecter, les patients vont à l'hôpital, et la bactérie se diffuse. Résultat, pour un décès en France ou aux États-Unis, nous en avons mille dans les pays en développement.

Comment ce médicament opère-t-il ?

Nous avons démontré par des techniques de spectrographie de masse entre autres que lorsque l’on associe un antibiotique avec une molécule d’huile essentielle, on a une interaction moléculaire. Plusieurs molécules d’antibiotiques s’associent autour de la molécule d’huile, le « boosteur ». Et cela forme une nouvelle entité que l’on appelle « complexe de boostage ». C’est ce complexe qui agit sur les bactéries résistantes. Parce que c’est un complexe, il traverse plus facilement la membrane et, une fois à l’intérieur de la cellule, il n’est pas reconnu, il camoufle les molécules d’antibiotiques. Quand ces dernières sont seules, elle sont reconnues par les bactéries, et détruites par des enzymes. Quand c’est un complexe, ce n’est plus la même chose, il n’est pas reconnu. Il peut donc arriver au site et agir efficacement.

Cela fonctionne-t-il pour tous les antibiotiques ?

Quand je dis que nous boostons les antibiotiques, nous parlons à chaque fois de familles d’antibiotiques. Je peux booster telle ou telle famille avec une molécule qui vient du clou de girofle par exemple. Une des combinaisons que nous avons mises en place est l’amélioration de l'amoxicilline avec de l’huile essentielle d'eucalyptol contre la bactérie multirésistante Escherichia coli impliquée dans les infections urinaires. L’idée c’est que chaque famille d’antibiotique va être boostée avec une molécule qui vient de telle ou telle plante.

N'y a-t-il pas de risques que des résistances à ces complexes se forment, malgré tout ?

D’autres chercheurs que moi travaillent sur les huiles essentielles, et pour l’instant, nous n’avons pas trouvé de résistance. Les bactéries ne détectent pas les huiles essentielles, c’est tout l’avantage d’ailleurs.

Votre technique ne remplace donc pas les antibiotiques ?

Non, cette famille de produit pour la médecine humaine n’est pas une alternative, c’est une amélioration. Mais cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas faire des médicaments à bases uniquement d’huiles essentielles. Nous travaillons d’ailleurs sur cette idée pour des animaux. Je suis en relation avec des agriculteurs au Maroc, et nous utilisons, par exemple, des produits à base d’huiles essentielles et de feuilles d’argile que nous versons notamment dans l’eau des abreuvoirs ou l’air des étables. Nous observons une baisse des maladie avec ces produits.

Pourquoi ne pas en faire des médicaments à grande échelle ?

Pour la simple raison que les huiles essentielles sont des substances naturelles que personne ne peut breveter. Et donc les grandes entreprises pharmaceutiques ne vont pas dépenser des millions de dollars pour faire des essais cliniques sur des substances non brevetables. Cela devrait marcher, seulement, il n’y a pas de volonté de faire des essais cliniques là-dessus vu que cela coûte cher. Et pour qu’il y ait un retour sur investissement, il faut qu’il y ait un brevet ou un droit de propriété intellectuelle. Du moment qu’il n’est pas possible d’avoir l’un ou l’autre, il n’y a jamais eu de recherches cliniques. C’est pour cela qu’avec ce médicament, nous avons breveté une technique, et non pas l’huile en elle-même.

Propos recueillis par Anthony Audureau

A propos

Afriscitech, toute la science dans toute l'Afrique.

Suivez l'actualité de la recherche scientifique et technologique en Afrique et par les africains.

Qui nous sommes

Afriscitech.com est édité par Coopetic. L'équipe est constituée de :

- Luc Allemand, rédacteur-en-chef

- Anthony Audureau, rédacteur

- Sampson Adotey, Jr, éditeur langue anglaise

Search