African Science Initiative

Partir ou rester? Le paysage académique au Kenya.

 

Les groupes Whatsapp sont devenus la forme la plus courante de communication de groupe. Il se trouve que je fais partie d'un de ces groupes qui rassemble mes anciens camarades de classe de l'école primaire, les anciens élèves de 98, comme nous nous appelons fièrement nous-mêmes. La plupart du temps, nous échangeons sur des souvenirs amusants : la barbe de Monsieur Ali, l'enseignant qui s'est assuré que nous aimions tous les mathématiques en nous donnant des coups de cane, ou Madame Dora, la professeure de musique qui aimait s'habiller en rouge. Mais ce jour-là, les échanges sont un peu plus intenses. Quelqu'un a partagé un lien discutant des changements dans la législation d'un pays européen qui permettra aux immigrants d'occuper un emploi dans ce pays.

Le grand artiste Oma dit qu'il sera plus heureux à l'étranger, même si cela signifie se contenter d'un poste de gardien. Il essaie d'obtenir une carte verte depuis 6 ans. Tamari aussi serait heureuse d'émigrer, même si cela signifierait qu'elle devrait occuper trois emplois pour joindre les deux bouts. Moi, par contre, je veux rester.

Il y a plusieurs années, après avoir obtenu mon doctorat, j'ai dû réfléchir soigneusement à mes options. Le Kenya est considéré comme l'un des pays les plus instruits d'Afrique. Malgré cela, il n'y a pas assez d'institutions qui peuvent employer un titulaire de doctorat. Il y a un grand décalage entre les besoins en personnels formés à ce niveau et la disponibilité des postes appropriés. Des statistiques récentes indiquent que le Kenya (avec une population de plus de 48 millions d'habitants) ne compte qu'environ 10 000 docteurs. Pour combler l'écart, le pays a besoin d'environ 1 000 nouveaux doctorants chaque année, mais il n'en produit que 300 par an environ. Je voulais poursuivre ma carrière dans la recherche, mais n'ayant que peu d'options au Kenya, je n'avais d'autre choix que d'envisager des options à l'étranger.

C'est ainsi que les recherches ont commencé. J'ai envoyé mes candidatures dans le monde entier, j'ai passé d'innombrables entretiens pour d'innombrables postes et, surtout, j'ai beaucoup lu sur la vie à l'étranger : concilier travail et vie de famille, qualité de vie, soutien social, etc. - les choses non-académiques dont la vie est faite. C'était particulièrement important pour moi parce qu'en tant que mère célibataire avec un fils alors âgé d'environ un an, j'avais besoin d'être sûre que nous survivrions si je décidais de partir à l'étranger. Mais plus je lisais, moins j'étais convaincue qu'une telle démarche était réalisable.

« Votre mari est-il riche ? Sinon, vous allez être super fauchée », a conseillé l'un de mes mentors. Elle avait malheureusement vécu la même chose des années auparavant.

Le coût de la vie était élevé et l'aide à la garde d'enfants faisait cruellement défaut, non seulement sur le plan financier, mais aussi sur celui des réseaux sociaux auxquels nous sommes habitués en Afrique. Alors, changement de plan. J'ai décidé de rester.

Après environ six mois de chômage, j'ai eu la chance d'obtenir un emploi de professeur d'université. Je ne peux pas prétendre que j'étais du tout préparé à ce nouveau défi. J'avais imaginé qu'un jour, peut-être vers ma retraite, j'aurais rejoint une université en tant que professeur, au crépuscule de ma carrière de chercheur. Ma première classe était composée d'une centaine d'étudiants.

Grand garçon boutonneux avec une mauvaise attitude, jolie fille à l'allure douce préoccupée par la planification de son prochain rendez-vous, celui avec des tresses bleues, et le représentant de classe impatient qui voulait un plan de cours et des notes couvrant tous les sujets pour le semestre.

« On ne peut pas couvrir tout ça en un semestre ! » dit-il.

Sans parler des plus de 300 devoirs que je devais noter à la fin du semestre.

« D'où viendra le temps de faire de la recherche ? C'est pour ça que la recherche est morte dans nos établissements d'enseignement supérieur ? » Je m'interrogeais. Les tâches d'enseignement et d'administration occupent généralement jusqu'à 90 % du temps de travail des professeurs dans les universités kenyanes. Cette situation est aggravée par une culture de la recherche médiocre, qui se traduit par un accès limité aux fonds de recherche. Par conséquent, bien que la recherche demeure l'un des principaux mandats de la plupart des universités kenyanes, elle reste en sommeil.

Cet état de fait est heureusement en train de changer. De nombreuses universités établissent des collaborations avec des organismes de recherche nationaux et internationaux, ce qui est susceptible de réorienter les centres de recherche vers les universités. Par exemple, l'université de Pwani, en collaboration avec le programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust et grâce au financement du Wellcome Trust, dispose d'un laboratoire de biologie moléculaire bien équipé, le PUBReC, où les étudiants et le personnel peuvent effectuer des recherches de haut niveau dans un certain nombre de domaines, notamment la biologie marine, la biologie végétale et les sciences sanitaires. De même, d'autres universités comme l'université de Nairobi, l'université Kenyatta, l'université de Meru et l'université technologique Jomo Kenyatta disposent sur leurs campus de laboratoires de recherche haut de gamme, tous destinés à améliorer les résultats des recherches des universités locales. De telles institutions se multiplient aujourd'hui dans toute l'Afrique : Africa Health Research Institute (AHRI) en Afrique du Sud, institution associée à l'université du Kwa Zulu Natal, WACCBIP au Ghana, associé à l'université du Ghana et Uganda Virus Research Institute, associé à l'université Makerere parmi beaucoup d'autres.

De la même façon, des organismes de financement internationaux se sont associés pour fournir un financement adapté aux institutions locales, un scénario qui, espérons-le, se traduira par une augmentation du financement disponible pour les chercheurs kényans, ainsi que du soutien nécessaire pour obtenir et gérer ces fonds. Il s'agit notamment de l'AESA, basée à Nairobi, qui relève de l'Académie Africaine des Sciences, du RUFORUM, du AWARD, du WIOMSA, de l'OMS et de l'UA. Ces organismes encouragent également la collaboration entre les disciplines dans l'élaboration de solutions locales aux problèmes de l'Afrique.

Il n'y a donc pas de meilleur moment pour être un chercheur africain, en Afrique.

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Pourtant, beaucoup continuent de partir. Et beaucoup d'autres refusent de rentrer. Dzua travaille aux États-Unis. Elle n'a pas l'intention de rentrer.

« La vie est belle », dit-elle.

Kejeli veut partir aussi. Même si ce n'est que pour la propreté des routes, il fera n'importe quoi pour se rendre au pays des opportunités.

Je dis : « L'Afrique est peut-être la terre qui a le plus de besoins, mais c'est aussi la terre des plus grandes possibilités. »

Dr. Cheryl Andisi Kivisi

Ce bullet a d'abord été publié sur African Science Initiative, et traduit de l'anglais par la rédaction d'Afriscitech.

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