African Science Initiative

Pourquoi l'Afrique doit investir dans la recherche en santé

Lily Paemka

Il y a dix ans, Lily Paemka a quitté le Ghana pour les Etats-Unis afin de poursuivre ses études doctorales et elle y est restée. Son talent et ses compétences auraient pu être perdus à jamais pour le Ghana si le Centre ouest-africain de biologie cellulaire des agents pathogènes infectieux (West African Centre for Cell Biology of Infectious Pathogens, WACCBIP) n'avait pas été créé. Avec le soutien du projet des Centres d'excellence africains de la Banque mondiale et maintenant du programme Developing Excellence in Leadership, Training and Science (DELTAS) Africa, le WACCBIP a mis en place une infrastructure de recherche de classe mondiale qui permet à L. Paemka de mener la recherche de qualité qu'elle souhaite voir reconnue et établie dans son domaine. Elle est donc retournée chez elle pour faire de la recherche sur un type de cancer du sein qui est le plus agressif chez les femmes ghanéennes.

DELTAS Afrique offre des environnements de recherche propices à la conduite de recherches de pointe et au développement de chercheurs de classe mondiale, des opportunités qui ne sont pas facilement disponibles sur le continent.

L'histoire de L. Paemka, qui devient de plus en plus courante, montre l'impact que peuvent avoir les investissements dans la recherche en santé sur les efforts visant à inverser la fuite des cerveaux. Le WACCBIP est de plus en plus en mesure d'attirer de tels chercheurs, notamment ceux qui travaillent sur les marqueurs génétiques de l'autisme et de la perte auditive, sur les facteurs qui augmentent le risque que les patients atteints de drépanocytose développent des maladies cardiovasculaires et qui découvrent de nouvelles cibles pour les vaccins contre le paludisme. Certaines de ces maladies sont pour la plupart endémiques en Afrique et n'attirent donc pas les investissements mondiaux.

Les gouvernements africains doivent combler l'écart en investissant dans la création d'environnements propices à l'épanouissement des scientifiques pour faire en sorte que beaucoup plus d'entre eux restent sur le continent pour faire de la recherche sur ses priorités en matière de santé. Au fur et à mesure que L. Paemka passera du statut de scientifique en début de carrière à celui de scientifique principal, elle attirera davantage de fonds pour la recherche sur les priorités de l'Afrique et formera de jeunes scientifiques. Si l'on considère que tous les scientifiques du WACCBIP suivront une voie similaire à celle de L. Paemka, on ne saurait trop insister sur les effets multiplicateurs.

Les scientifiques partent souvent dans les pays développés en raison du manque de ressources des laboratoires, des bas salaires, du manque de financement et de l'énorme charge d'enseignement qui prive les universitaires de temps pour la recherche. La conséquence est une capacité de recherche réduite qui a vu la part mondiale de l'Afrique dans la recherche en santé continuer de traîner à un maigre 0,3 %. En l'absence de professionnels pour mener des recherches, les pays africains n'ont pas les connaissances nécessaires pour faire face aux défis sanitaires urgents et pour contenir ou répondre d'urgence à des urgences comme l'épidémie d'Ebola de 2014-2015 en Afrique de l'Ouest.

Les pertes économiques massives causées par l'éclosion d'Ebola - estimées à 2,2 milliards de dollars - démontrent le coût énorme de la négligence vis-à-vis de la recherche en santé.

Ce coût sera encore plus élevé dans un avenir proche si aucune recherche n'est menée sur les maladies non transmissibles. L'Organisation mondiale de la santé prévoit que les maladies non transmissibles, maternelles et périnatales deviendront la principale cause de mortalité en Afrique d'ici 2030. Actuellement, les maladies non transmissibles représentent 23% de la charge de morbidité de l'Afrique, contribuant à l'augmentation des coûts médicaux et avec des conséquences sur le développement humain. La moitié des personnes qui meurent de maladies non transmissibles sont des personnes en âge de travailler, ce qui est une perte pour la société et les industries africaines. Investir dans la recherche pour lutter contre des maladies qui représenteront un fardeau économique énorme pour l'Afrique lui permettra de soutenir sa croissance.

Des progrès considérables ont été accomplis dans le domaine de certaines maladies infectieuses, en particulier le paludisme et le VIH. Une baisse de 66 % des taux d'infection par le VIH chez les enfants africains entre 2010 et 2015 et une baisse de 6,5 millions de décès dus au paludisme entre 2001 et 2015 sont imputables aux investissements considérables consentis tant par les bailleurs de fonds internationaux que par les gouvernements africains dans la recherche fondamentale et appliquée visant à améliorer les systèmes de santé et les traitements, telles que les moustiquaires dans le cas du paludisme et les médicaments antirétroviraux dans celui du VIH. Un vaccin contre le paludisme est en cours de déploiement pilote dans un certain nombre de pays, notamment au Ghana, ce qui laisse espérer une intervention pour contrôler la maladie. Cela n'aurait pas été possible sans un investissement massif dans la mise au point de vaccins. Mais la plus grande partie de ce financement provient de bailleurs de fonds internationaux. Le cofinancement par des sources africaines est nécessaire pour compléter le financement international, en particulier maintenant que les politiques occidentales repliées sur elles-mêmes et les réductions de l'aide étrangère menacent de réduire le financement de l'Afrique. Le secteur privé doit également répondre aux appels à investir dans la recherche en santé sur le continent.

L'Afrique doit investir dans la recherche en santé pour atteindre les Objectifs du développement durable. En 2015, la plupart des pays n'avaient pas atteint les Objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé parce qu'ils n'avaient pas suffisamment investi dans les interventions visant à relever les défis sanitaires. Cette tendance se poursuivra jusqu'à ce que les pays respectent les engagements pris à Bamako en 2008 de consacrer 2 % des budgets de santé à la recherche.

Les avantages seront énormes, en particulier pour attirer à nouveau des jeunes tels que L. Paemka qui veulent poursuivre des carrières dans le domaine de la santé.

Alphonse Neba, dirige les programmes de DELTAS Africa, une initiative mise en oeuvre par l'Académie des Sciences and l'Alliance pour l'accélération de l'Excellence en Science en Afrique du NEPAD

Gordon Awandare dirige WACCBIP à l'université du Ghana

Cet article, publié initialement dans le Daily Graphic, a été repris sur le blog d'African Science Initiative et ttraduit en français par Afriscitech.com.

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