Jeunes chercheurs

Emmanuel Kamdem : « Les entreprises sont disposées à participer au financement de la recherche »

Qui êtes vous ?

Je suis Emmanuel Kamdem. Je suis professeur des universités, à l’ESSEC, université de Douala, où j’ai fait toute ma carrière comme professeur.

Pourquoi participez-vous à la conférence YASE ?

J’ai été invité pour présenter les modalité de création d’un réseau d’excellence au niveau des business schools africaines. C’est une question préoccupante, mettre en réseau les enseignants chercheurs, et notamment ceux qui opèrent dans le cadre des business schools. Donc j’ai au cours de cette conférence présenté l’expérience de l’INSEAM, l’Institut euro-africain de management, qui est un réseau créé en 2011 pour rassembler un certain nombre de business schols africaines qui veulent mettre ensemble leurs efforts, leurs ressources humaines, leurs ressources technologiques, leurs ressources scientifiques, pour accompagner les business schools qui souhaitent s’engager dans un processus de développement de la qualité, avec la finalité d’obtenir des accréditations. Aujourd’hui, pour une business school, exister au plan international, c’est pouvoir justifier d’une accréditation, or il se trouve que nos business schools africaines ont beaucoup de difficultés à pouvoir intégrer les classements internationaux. Il fallait donc élaborer et mettre en œuvre un ensemble de mesures pour permettre l’accompagnement des business schools qui souhaitent s’engager dans ce processus qualité.

Quel est votre avis sur le fait que beaucoup de jeunes chercheurs africains ne rentrent pas dans leur pays à la fin de leurs études ?

Nous évoluons aujourd’hui dans un contexte de mondialisation scientifique et économique. Qui dit mondialisation dit qu’il n’y a plus de frontières. Si vous avez un jeune talent universitaire camerounais qui reçoit des sollicitations quelque part dans le monde, il sera difficile de le convaincre de retourner au Cameroun alors qu’il a la possibilité d’optimiser ses talents dans un autre contexte. Donc ce que nous devons faire, ensemble c’est, à la faveur de la croissance économique retrouvée en Afrique (aujourd’hui l’Afrique est la deuxième région au monde en termes de croissance économique continue), de créer un environnement nouveau pour mieux accueillir les chercheurs de la diaspora. Donc la réponse à cette question aujourd’hui n’est pas absolument de dire aux chercheurs Africains : « Retournez en Afrique ». On peut ne pas être en Afrique, on peut résider hors d’Afrique, et contribuer de manière optimale au développement de la science, au développement de la recherche en Afrique, au travers de toutes ces technologies de communication, que ce soit par Internet, par Skype, par videoconférence.

Le financement de la recherche en Afrique est-il suffisant ?

C’est l’un des obstacles majeurs au développement de la recherche en Afrique. Nous le savons tous, les financements publics ne sont pas importants. C’est la raison pour laquelle il va falloir changer de paradigme, et faire beaucoup plus appel aux financements du secteur privé, au financement venant de ceux qui créent de la richesse. Et qui crée de la richesse ? Ce sont les entrepreneurs et les entreprises. Alors comment faire en sorte que ces entreprises, ces entrepreneurs, puissent être intéressés par le financement de la recherche sur le continent ? Il faudrait qu’ils aient le sentiment que ce qui est fait au niveau des laboratoires de recherche universitaires répond effectivement à leurs attentes. Ce qui voudrait dire que l’élaboration et la conduite des projets de recherche aujourd’hui sur notre continent devraient être faites en très étroite collaboration avec les milieux socio-professionnels. En prenant le cas du Cameroun par exemple, nous avons des organisations patronales, nous avons aussi des entreprises qui je pense sont disposées à apporter leur modeste contribution au financement de la recherche. Ce qui suppose que au départ, les projets de recherche soient élaborés à partir de l’identification d’un problème concret, et que les résultats de la recherche faite par les scientifiques soient en quelque sorte des réponses. Et quand je dis des réponses, ce ne sont pas des réponses théoriques, mais ce sont des réponses qui doivent se traduire effectivement par la résolution des problèmes rencontrés au sein des entreprises.

Sentez-vous une réelle volonté politique pour le développement de la recherche dans les pays africains ?

En somme, l’énoncé de la volonté politique existe. C’est-à-dire que dans pratiquement tous les États, on va trouver des déclarations allant dans le sens de l’encouragement des chercheurs. Mais la volonté politique ne suffit pas. Encore faudrait-il que cette volonté politique se traduise par des actions concrètes. Ca veut dire quoi par exemple ? Ca veut dire quelle est la part du budget de la recherche dans le budget de nos États ? Ca veut dire aussi, au niveau des incitations fiscales, permettre aux entreprises de recruter des chercheurs, et donc que cela se traduise par des incitations fiscales en faveur des entreprises qui acceptent par exemple de prendre des étudiants en stage, qui acceptent d’accorder des bourses de recherche aux meilleurs étudiants. Donc il y a encore un grand effort à faire, notamment sur ce plan des incitations fiscales. Et la réponse est du côté des gouvernants, parce que cela relève de la politique économique, et cela ne peut donc pas se faire sans que les gouvernements jouent leur rôle en termes par exemple de révision de la loi fiscale.

Propos recueillis par Jean-Bruno Tagne

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