Politique

Comment former un million de docteurs africains?

Mamadou Sarr et Connie Nshemereirwe étaient parmi les participants de la table ronde consacrée à l'enseignement supérieur pendant la conférence YASE à Toulouse ©Rémy Gabalda/Afriscitech

Le continent manque d'enseignants et de professeurs d'université. Et c'est urgent, en raison de l'explosion démographique actuelle. La qualité de leur formation ne doit toutefois pas être sacrifiée.

« L'Afrique a besoin d'un million de nouveaux docteurs, juste pour être sur un pied d'égalité avec le reste du monde », a déclaré Connie Nshemereirwe, scientifique indépendante spécialisée dans l'éducation en Ouganda et co-présidente de la Global Young Academy.

S'exprimant lors de la conférence Jeunes chercheurs africains en Europe (YASE 2018) le 6 juillet 2018, elle a déclaré que l'Afrique doit rattraper la moyenne mondiale de chercheurs par pays si elle veut être compétitive dans l'économie mondiale de la connaissance.

Quantité et qualité

« Nous avons des lacunes en matière de formation, de santé, de technologie et de politique », a déclaré C. Nshemereirwe, qui participe à l'élaboration de politiques de l'enseignement supérieur en Afrique.

Avec ses co-intervenants lors de la conférence YASE, ils ont discuté de la façon d'augmenter le nombre de doctorats sans sacrifier la qualité.

L'engagement des établissements

Pour obtenir un million de doctorats, les institutions doivent s'engager, et les chercheurs du continent ont besoin d'une meilleure formation pour exceller dans tous les aspects de leur carrière.

La table ronde a partagé quelques initiatives régionales qui font déjà la différence. Ainsi, le projet de l'université Panafricaine, présenté par Kedidja Allia de l'université de Science et Technologie Houari Boumediene en Algérie.

Améliorer les compétences en enseignement

Ce projet, aligné sur les objectifs stratégiques de recherche de l'Union africaine tels que définis dans l'Agenda 2063, vise à aider les chercheurs à acquérir le large éventail de compétences nécessaires pour exercer correctement leur métier au XXIe siècle.

Il s'appuie sur les travaux antérieurs et sur les compétences théoriques et ajoute des éléments tels que la formation des chercheurs, le renforcement des capacités, la mobilité des chercheurs et le développement de nouveaux programmes d'études supérieures plus pertinents à travers l'Afrique. L'université Panafricaine est basée dans quatre instituts d'universités africaines, au Kenya, au Cameroun, au Nigeria et en Algérie, et un cinquième institut est prévu.

Besoin de formation des enseignants

K. Allia a souligné une importante difficulté à laquelle l'Afrique est actuellement confrontée : il n'y a pas assez d'enseignants qualifiés au niveau postuniversitaire au regard du nombre d'étudiants. « Nous avons besoin de former des enseignants en quantité plus importante et plus efficacement pour répondre aux demandes des élèves de toute l'Afrique », a-t-elle dit.

Un autre institut qui fait la différence est l'Institut africain des sciences mathématiques (AIMS), basé aujourd'hui dans six centres actuels et qui prévoit d'en ouvrir d'autres à travers l'Afrique.

Liens avec des entreprises privées

« La formation multidisciplinaire est essentielle », a déclaré Aissa Wade, directrice d'AIMS-Sénégal. L'institut prépare les chercheurs à la vie après la recherche universitaire : il gère un programme coopératif dans le cadre duquel les étudiants de troisième cycle en mathématiques sont placés en stage dans des entreprises privées, ce qui permet d'acquérir des compétences importantes et qui renforce leur CV en vue d'une recherche d'emploi.

« Nous essayons aussi de nous rapprocher des communautés qui nous entourent, d'expliquer pourquoi les mathématiques sont importantes pour le développement social et économique », a dit A. Wade. L'AIMS prévoit jusqu'à 15 futurs centres, construits en partenariat et en coopération avec les gouvernements locaux.

Établir des normes pour l'enseignement supérieur.

Un autre obstacle à l'attribution de doctorats de haute qualité en Afrique est qu'il y a peu d'organisations qui fixent et contrôlent les normes dans les pays africains, dit Mamadou Sarr. L'organisation qu'il préside, le Réseau africain pour la qualité de l'enseignement supérieur en Afrique de l'Ouest (RAQUES/AO), est responsable de la normalisation des qualifications de l'enseignement supérieur dans toute la région.

« Nous manquons de centres d'excellence régionaux, a-t-il expliqué. Nous en sommes aux premiers stades en Afrique de l'Ouest. Nous devons établir des réseaux locaux et internationaux, nous avons besoin d'indicateurs pour surveiller et évaluer les établissements d'enseignement supérieur, et nous avons besoin de l'adhésion des chercheurs. »

Selon lui, cela conduira à des qualifications durables et de haute qualité dans le domaine de la recherche dans la région. Les orateurs ont conclu que les réseaux régionaux et internationaux contribueraient à améliorer la qualité et la quantité de doctorats en provenance d'Afrique.

Paul Kennedy, ScienceLink

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